Encore une nuit, encore une sans sommeil. Pourtant son corps ne demandait que ça, se reposer de ces journées fades ou Setsuna ne trouvait aucun amusement, ces journées qui pour lui défilait devant ses yeux sans qu'il y ait de différences, sans qu'il y ait de nouveautés, sans amis. Setsuna était conscient de sa position, de son attitude, pourtant il lui semblait impossible d'y changer quoi que ce soit. Peut-être ne faisait il pas assez d'efforts ? Cette question lui revenait sans cesse, et il avait beau essayer, rien ne changeait dans sa vie.
Il était resté là, sur les toits, pendant des heures, à fumer ces clopes dégueulasses, à rêver à une vie utopique, une vie qu'il n'aurait jamais et qu'il ne pouvait qu'espérer. Il savait bien que fumer dans l'enceinte de l'école était interdit, et c'est pourquoi il avait choisi ce lieu.
Le contact de la tôle froide lui meurtrissait le dos, le sol sale et rocailleux ne l'aidait pas non plus à se sentir à son aise, cependant, il ne pouvait se lever. Cette sensation qu'il avait était plus insoutenable que les douleurs qu'il subissait. La sensation de ne pouvoir changer son destin lui était insupportable, de ne pas être maître de son futur, d'être comme une sorte de pion qui ne peut s'échapper de la fatalité de son existence. Setsuna voulait changer, et il avait décidé de ne pas bouger de là tant qu'il n'aurait pas trouvé de solution.
Il restait là, les yeux rivés sur une toile d'araignée. Cette simple toile d'araignée semblait être à elle seule l'allégorie de sa vie entière. Il savait que dans la journée, un papillon ou n'importe quelle autre créature se retrouverait emprisonnée dans ce piège, et que l'araignée viendrait alors faire son office.
Dégoûté par cette image qui brusquement le ramena à la réalité, Setsuna s'éveilla de ses rêves, se leva, s'étira en baillant d'un aire nonchalant pour au final rallumer une cigarette. La fumée acre qu'il en retira glissa un instant sur le pourtour de ses lèvres pour finalement finir au creux de ses poumons. Il était alors appuyé sur le rebord du rempart principal, a l'Est, et regardait le soleil se lever doucement. Encore une journée, encore une sans saveur, sans rien auquel Setsuna pouvait se raccrocher.
Ecrasant sa cigarette et maudissant son existence, il se retourna. Cela faisait combien de temps qu'il était là ? Depuis combien de minutes l'observait il ? Setsuna n'en savait rien, mais à la vue de cet intrus, il se sentait mis à nu, comme observé, analysé. Cette sensation le mettait mal à l'aise...
« Qu'est ce tu fais là ? Et en fait...t'es qui? »
____________________________________________________________________________________________
Et il l'observait en effet depuis.. Un bon bout de temps. Sans raison particulière, cela dit. Appuyé dans l'angle du rempart, les deux mains chacune appuyé sur la pierre froide, il avait gardé les yeux fixés sur le jeune homme à quelques mètres de lui. Il n'avait pas non plus de raison particulière de se retrouver sur les toits si tôt dans la matinée, hormis peut-être un sommeil capricieux. Il avait d'ailleurs les yeux légèrement rougis et soulignés de cernes discrets mais toutefois bien visibles, prouvant qu'il s'était levé il y a peu de temps. Il ne s'était d'ailleurs que sommairement et rapidement habillé d'un jean gris déchiré par endroits et d'un t-shirt noir bien trop grand. Autant dire que là où il était, sur les toits, avec la brise qui soufflait et le froid matinal.. Il mourrait de froid. Ses bras étaient pris de petits tremblements qu'il ne parvenait pas à contrôler et ses lèvres étaient plus gercées que jamais. Ce à quoi il préférait manifestement rester indifférent.
Son attention était pour ainsi dire trop portée sur le jeune homme qui lui faisait dos pour penser à autre chose. Il avait l'allure de ceux qui ne dorment pas parce que trop tourmentés. Non pas que Gabriel ait particulièrement envie de savoir pourquoi ni comment.. Il se contentait de constater l'attitude évidente de ce garçon. La fumée de la nouvelle cigarette de ce dernier passa à quelques centimètres de son visage. Il le regarda se retourner, sans réagir plus qu'il n'en avait coutume. Il laissa échapper un « tss.. » A la question posée.
- Qui je suis. T'as pas moins compliqué comme question ? ..
Evidemment, Gabriel avait compris le sens de la question, mais il avait toujours été de nature à jouer sur les mots ou à feindre l'innocence de l'incompréhension. Question d'amusement personnel, et façon comme une autre de tester les réaction de ses interlocuteurs. Il ne répondit délibérément pas à la toute première question, jugeant inutile toute explication – qu'il n'aurait de toute manière pas fournie -. Le Gryffondor sourit intérieurement. Son vis-à-vis semblait tellement déstabilisé par sa présence.. Non pas par son expression – elle ne le trahissait aucunement – mais plutôt par ses questions. Il les avait lancées brusquement et spontanément.. Du moins trop pour que cela ne passe sans que Gabriel ne le remarque. Il inclina doucement la tête sur le coté droit, ses cheveux glissant sur ses joues pour suivre la trajectoire. Il l'observa ainsi seulement quelques secondes.. Le temps de planter intensément son regard dans le sien. Il se redressa ensuite, puis s'approcha à pas lent du jeune homme. Il prit délicatement le paquet de cigarette dans la poche de ce dernier et se servit. Il pinça doucement le rouleau de nicotine entre ses lèvres froides et l'alluma. Il souffla la fumée, lentement, dans le visage de l'autre.
--Message edité par Gabriel Creasen le 2008-05-27 22:53:11—
S'il y avait une chose que Setsuna détestait, c'était être pris au dépourvu ! A peine avait-il posé les yeux sur le garçon que celui-ci l'excédait déjà. Première raison, il l'avait surpris, seconde raison, il encombrait son espace vital et son besoin de solitude, et troisième, il se fichait de lui !
« Tss... Qui je suis. T'as pas moins compliqué comme question ? »
«Ca l'amuse de passer pour un idiot ou est ce qu'il se paye ma tête ? »
Bien sur la seconde partie de sa pensée pris le dessus sur la première hypothèse, ce qui en soit était pour Setsuna la meilleure alternative. Pas étonnant qu'il n'ait aucun ami, il était tout le temps sur la défensive. Pendant un laps de temps qui lui parut infini, Gabriel le regarda, et Setsuna eut la fâcheuse impression que celui-ci le jaugeait. Il ne s'agissait pas de la meilleure attitude pour une première rencontre.
Il désirait ardemment reprendre le contrôle de la situation, ce qu'il fît dans l'instant qui suivit. Il observa le jeune homme d'un air instigateur, en mêlant surprise et énervement aux émotions traduites par son faciès. Il avait franchement l'air d'un idiot, par un froid matinal aussi mordant, il sortait en tee-shirt. Mais malgré son air idiot, Setsuna lui trouvait un certain charme. Il était fin, grand, beau. Intérieurement Setsuna avait l'impression de déjà le connaître, bizarre sensation ! Ils ne s'étaient pourtant jamais vus auparavant. Lui aussi avait l'air d'avoir passé une mauvaise nuit, les cernes sous ses yeux le trahissait. Il semblait complètement transis par le froid. Setsuna ne sentait pas les morsures que le garçon semblait endurer, il était couvert.
Quelle que soit l'heure, il s'habillait toujours en circonstance. Cette fois-ci, il était vêtu d'un pantalon noir en fourrure, de longues bottes en cuir munies de boucles d'argent courait le long de ses mollets fins et délicats. En guise de haut, il portait un col roulé bleu qui dévoilait les longues années d'entraînement qu'il avait subit en compagnie de son père. Pour finir, la longue cape qu'il portait habituellement glissait le long de son corps, sa broche d'argent fixant les deux pans au niveau de son épaule gauche. De ce fait, il avait du mal à s'imaginer à quel point il faisait froid. Gabriel grelottait, mais Setsuna n'y prêta aucune attention.
Il ne semblait pourtant pas se congeler sur place, car après les quelques interminables secondes passés, il s'approcha de Setsuna, et sans lui demander son avis, se servit dans sa poche et sortit une cigarette du paquet de Setsuna. Impudemment, il la glissa entre ses lèvres abimés, l'alluma, inspira une bouffée, et l'envoya droit dans le visage de Setsuna.
« Pour qui il se prend celui là avec ses airs supérieurs ? »
Ne laissant transparaître aucune émotion sur son visage, il ressaisit le paquet des mains de Gabriel, prit à son tour une cigarette qu'il porta délicatement à ses lèvres. C'était la dernière. Il porta son regard sur Gabriel.
« Je te l'offre, mais s'il te plait, tant qu'à fumé de bonnes cigarettes, autant les fumer avec classe... »
Portant son attention sur les lèvres de Gabriel, qui aux yeux de Setsuna gâtait sa beauté, il glissa la main dans sa poche, en sortit un tube de baume à lèvres qu'il tendit à son visiteur.
« Invention moldue, très utile ! Garde le, je n'en ai aucunement besoin »
En voyant à nouveau les tremblements de Gabriel, Setsuna dégrafa sa cape et la jeta sur les épaules de Gabriel.
« Ta mère ne t'as jamais dit de sortir couvert ? En tout cas, ne compte pas sur moi pour te la mettre ! »
Setsuna se sentait bien... pour deux raisons. La première, il avait repris le contrôle de la situation, et la dernière... ce matin il n'était pas si seul...